HighTech-FRNews-FRONT-FR

CLUBIC 🔵 La French Tech doit devenir prioritaire dans les achats numĂ©riques de l’État, dit Bercy

CLUBIC 🔵 La French Tech doit devenir prioritaire dans les achats numĂ©riques de l’État, dit Bercy

Le gouvernement vient de dĂ©voiler sa nouvelle doctrine d’achat numĂ©rique, avec une circulaire qui impose Ă  l’État de privilĂ©gier la souverainetĂ© dans ses choix technologiques, et de mutualiser ses solutions avant d’acheter.

Une nouvelle doctrine d'achat numérique pour l'administration française est dévoilée par l'État. © mr_tigga / Shutterstock
Une nouvelle doctrine d’achat numĂ©rique pour l’administration française est dĂ©voilĂ©e par l’État. © mr_tigga / Shutterstock

Bercy a prĂ©sentĂ©, ce jeudi 5 fĂ©vrier 2026 dans le cadre de l’Ă©vĂ©nement « Je choisis la Franch Tech Â», les contours d’un texte attendu et travaillĂ© depuis plusieurs mois. Une circulaire, fruit d’un marathon interministĂ©riel pilotĂ© par les ministres Anne le HĂ©nanff, David Amiel et Roland Lescure, entend redĂ©finir la doctrine d’achat numĂ©rique de l’administration. Au menu, un processus en trois temps et une grille de critères oĂą la souverainetĂ© pèse dĂ©sormais lourd. Clubic a assistĂ© au brief tĂ©lĂ©phonique qui nous permet d’en savoir plus.

Pour Bercy, mutualiser d’abord, acheter ensuite, dĂ©velopper en dernier

L’administration française regorge d’outils numĂ©riques, comme en tĂ©moigne la naissance rĂ©cente de La Suite NumĂ©rique, dĂ©jĂ  adoptĂ©e par le ministère des ArmĂ©es. Le problème reste que chaque service ignore souvent ce que possède son voisin. D’oĂą cette première règle contenue dans la circulaire, qui consiste Ă  scruter les solutions dĂ©jĂ  dĂ©ployĂ©es en interne, avant de s’engager sur la dĂ©pense. Les opĂ©rateurs de l’État proposent dĂ©jĂ  des solutions mutualisĂ©es que les ministères pourraient utiliser, plutĂ´t que de rĂ©inventer la roue.

Si l’interne fait chou blanc, arrive la deuxième Ă©tape, Ă  savoir explorer le marchĂ© privĂ© et ses fameuses solutions « sur Ă©tagère Â». Comprenez ici des produits clĂ©s en main, prĂŞts Ă  ĂŞtre dĂ©ployĂ©s sans dĂ©veloppement sur mesure. « L’idĂ©e, c’est d’Ă©viter de rĂ©inventer des choses qui existent dĂ©jĂ  Â», insiste Bercy. Cette logique vise Ă  muscler l’efficacitĂ© de la commande publique tout en soutenant l’Ă©cosystème technologique français et europĂ©en.

Le dĂ©veloppement maison n’arrive, lui, qu’en queue de peloton. Lorsque rien n’existe, ni dans les tiroirs de l’État ni sur les Ă©tagères du privĂ©, les services pourront commander une solution personnalisĂ©e. Un changement radical, pour une administration coutumière des projets sur mesure chronophages et coĂ»teux. Vous l’aurez compris, la mutualisation devient le maĂ®tre-mot.

Le ministère de l'Économie et des Finances. © Alexandre Boero / Clubic
Le ministère de l’Économie et des Finances. © Alexandre Boero / Clubic

Les données sensibles devront passer par des hébergeurs français

La circulaire ne se contente pas d’organiser le processus d’achat, elle bouleverse les critères de choix. Quand un acheteur public compare des solutions, il doit dĂ©sormais considĂ©rer la souverainetĂ© numĂ©rique comme « l’un des critères essentiels Â», au mĂŞme titre que la performance, la sĂ©curitĂ©, la maintenance, la disponibilitĂ©, la rĂ©versibilitĂ©, l’interopĂ©rabilitĂ©, la durabilitĂ© ou le coĂ»t. Une petite rĂ©volution dans un marchĂ© aujourd’hui Ă©crasĂ© par les acteurs amĂ©ricains et asiatiques.

Concrètement, trois questions permettent de jauger la souverainetĂ© d’une solution. Peut-elle ĂŞtre rĂ©clamĂ©e par un État Ă©tranger via ses lois (la fameuse question de l’immunitĂ© aux droits extra-europĂ©ens et extraterritoriaux) ? L’administration pourra-t-elle en sortir facilement si nĂ©cessaire (remplacer une brique du système si le fournisseur fait dĂ©faut ou change de politique) ? Et surtout : maĂ®trise-t-on vraiment la technologie ou dĂ©pend-on totalement du fournisseur ? Ces critères visent Ă  Ă©viter tout enfermement et toute ingĂ©rence extĂ©rieure.

Pour les donnĂ©es sensibles, le cadre se durcit encore. Un vade-mecum accompagnera la circulaire pour dĂ©finir ce que recouvre cette notion au titre de la loi SREN de mai 2024. Ces informations dont la violation menacerait l’ordre public devront obligatoirement transiter par des hĂ©bergeurs certifiĂ©s SecNumCloud, ce label français ultra-exigeant en matière de protection. Le choix de dĂ©velopper Visio, la solution de visioconfĂ©rence d’État basĂ© sur de l’open source, s’inscrit dans cette logique. C’est « un impĂ©ratif pour l’État que de maĂ®triser Ă  100% la brique de visioconfĂ©rence, correspondant Ă  une mission essentielle Ă  la continuitĂ© de l’État, notamment en cas de crise Â», justifie Bercy.

Capture d’Ă©cran du service France Transfert, de La Suite NumĂ©rique. © Alexandre Boero / Clubic

Le gouvernement promet que cette circulaire sera appliquée

Certains se souviendront que les prĂ©cĂ©dentes directives sur le numĂ©rique ont souvent fini aux oubliettes. Office 365 continue d’Ă©quiper des ministères malgrĂ© les recommandations passĂ©es, preuve que les textes ne suffisent pas. Mais cette fois, l’État brandit l’argument d’autoritĂ© et assure que la signature du Premier ministre interviendra « dans les prochains jours Â», avant une application concrète « très prochainement Â».

Le contrĂ´le du bon suivi de cette circulaire s’organisera, lui, en deux strates. La Direction interministĂ©rielle du numĂ©rique (DINUM) Ă©mettra un avis conforme sur les projets les plus lourds financièrement. La Direction des achats de l’État pilotera ensuite la gouvernance globale via les stratĂ©gies d’achat de chaque ministère. La nouveautĂ©, c’est que la circulaire s’appliquera aussi aux renouvellements de contrats dĂ©jĂ  planifiĂ©s, ce qui pourrait bousculer certaines feuilles de route.

Pour que la circulaire ne reste pas lettre morte, chaque ministère accueillera un ambassadeur. Son rĂ´le sera de faire le pont entre les besoins de l’administration et les solutions dĂ©veloppĂ©es par les entreprises françaises. Un Ă©vĂ©nement dĂ©diĂ© aux suites collaboratives se tiendra d’ailleurs le 27 mars au ministère de l’Économie pour favoriser ces rencontres.

La Suite NumĂ©rique de l’État incarne dĂ©jĂ  la philosophie dĂ©fendue par la doctrine. Elle s’articule autour de trois cercles, avec un noyau dur gĂ©rĂ© par l’État (Tchap, Visio, France Transfert), des services complĂ©mentaires oĂą le privĂ© peut proposer ses outils, et des solutions innovantes co-construites avec les entreprises. L’initiative « Je choisis la French Tech Â» s’Ă©largit mĂŞme au privĂ©, puisqu’on apprend que les groupes Renault et La Poste viennent de rejoindre le mouvement pour appliquer les mĂŞmes principes dans leurs achats.

Bouton retour en haut de la page
Fermer