BFM TV 🔵 « Le prix Ă payer pour la victoire du peuple »: nouvelle manifestation Ă TĂ©hĂ©ran, la police annonce l’arrestation de figures majeures du mouvement

Depuis deux semaines, les Iraniens manifestent malgrĂ© la rĂ©pression, une mobilisation inĂ©dite depuis trois ans et l’un de ses plus grands dĂ©fis depuis la proclamation en 1979 de la RĂ©publique islamiste. Ce samedi 10 janvier au soir, une nouvelle manifestation a Ă©tĂ© organisĂ©e Ă TĂ©hĂ©ran.
Des Iraniens ont dĂ©filĂ© samedi 10 janvier soir Ă TĂ©hĂ©ran et scandĂ© des slogans hostiles au pouvoir, malgrĂ© les craintes grandissantes de rĂ©pression brutale dans le pays coupĂ© du monde par un blocage d’internet. Dimanche matin, la police a annoncĂ© d' »importantes » arrestations « contre les principaux Ă©lĂ©ments impliquĂ©s dans les Ă©meutes, qui, si Dieu le veut, seront punis après la fin des procĂ©dures lĂ©gales ».
Des ONG ont signalĂ© des dizaines de morts depuis le dĂ©but du mouvement il y a deux semaines, alors que la RĂ©publique islamique fait face Ă une mobilisation inĂ©dite depuis trois ans et l’un de ses plus grands dĂ©fis depuis sa proclamation en 1979.
Selon une vidĂ©o authentifiĂ©e par l’AFP, une manifestation a dĂ©butĂ© tard samedi soir dans un quartier du nord de TĂ©hĂ©ran.
Des feux d’artifice ont Ă©tĂ© tirĂ©s au-dessus de la place Punak tandis que des manifestants tapaient sur des casseroles et scandaient des slogans en soutien Ă la dynastie Pahlavi, chassĂ©e par le RĂ©volution islamique en 1979.
Les États-Unis « prêts » à aider
Des vidĂ©os partagĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux, que l’AFP n’a pas pu vĂ©rifier dans l’immĂ©diat, montraient des manifestations dans d’autres quartiers de la capitale, oĂą des protestataires scandaient des slogans hostiles au gouvernement.
Donald Trump a affirmĂ© samedi que l’Iran « aspirait Ă la liberté » et que les États-Unis « se tenaient prĂŞts Ă aider », sur sa plateforme Truth Social. Il avait plus tĂ´t menacĂ© de « frapper très fort » le pays en cas de vague de rĂ©pression meurtrière. De son cĂ´tĂ©, le prĂ©sident du Parlement iranien a prĂ©venu que son pays visera l’armĂ©e et le transport maritime des États-Unis en cas d’attaque.
Selon le New York Times, le président américain a été briefé ces derniers jours sur les options à sa disposition concernant de possibles frappes, y compris visant des cibles civiles.
Le quotidien, qui cite des sources anonymes, souligne qu’il n’a pas pris de dĂ©cision finale mais « envisage sĂ©rieusement » une nouvelle intervention, après avoir bombardĂ© trois importants sites nuclĂ©aires iraniens en juin.
Peu d’informations filtrent de la situation sur le terrain, les Iraniens Ă©tant privĂ©s d’internet depuis jeudi Ă la suite d’une dĂ©cision des autoritĂ©s, selon l’ONG de surveillance de la cybersĂ©curitĂ© Netblocks.
Cadavres de manifestants empilés
Ce blocage vise « à dissimuler les violences infligées lors de la répression », ont mis en garde les cinéastes iraniens dissidents Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof.
« C’est le prix Ă payer pour la victoire du peuple », a dĂ©clarĂ© samedi un habitant de TĂ©hĂ©ran.
Depuis le dĂ©but le 28 dĂ©cembre de la contestation, initialement liĂ©e au coĂ»t de la vie, au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont Ă©tĂ© tuĂ©s et des centaines d’autres blessĂ©s, a dĂ©nombrĂ© vendredi l’organisation Iran Human Rights, basĂ©e en Norvège. Elle a diffusĂ© des images montrant, selon elle, des cadavres de manifestants empilĂ©s dans un hĂ´pital de TĂ©hĂ©ran.
Après une forte mobilisation jeudi, de nouveaux rassemblements avaient secouĂ© TĂ©hĂ©ran et d’autres grandes villes dans la nuit de vendredi Ă samedi, selon des images vĂ©rifiĂ©es par l’AFP, diffusĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux via des moyens satellitaires.
Dans le quartier de Saadatabad Ă TĂ©hĂ©ran, des Iraniens avaient scandĂ© des slogans anti-gouvernementaux, notamment « Mort Ă Khamenei », du nom du guide suprĂŞme, l’ayatollah Ali Khamenei.
L’ancien prince hĂ©ritier Reza Pahlavi, figure de l’opposition iranienne en exil aux États-Unis, a appelĂ© samedi les Iraniens à « se prĂ©parer Ă prendre » les centres-villes.
L’ayatollah fustige des « vandales »
Rues dĂ©sertes et plongĂ©es dans l’obscuritĂ©, un journaliste de l’AFP avait dĂ©crit jeudi et vendredi une capitale inhabituellement peu animĂ©e, avant le dĂ©but des manifestations en soirĂ©e. Il a aussi vu des vitrines de magasins brisĂ©es et des forces de sĂ©curitĂ© se dĂ©ployer.
Le guide suprĂŞme iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a fustigĂ© des « vandales » et « saboteurs » Ă la botte de Donald Trump.
L’armĂ©e iranienne a de son cĂ´tĂ© assurĂ© qu’elle protĂ©gerait « les intĂ©rĂŞts nationaux » contre un « ennemi cherchant Ă perturber l’ordre et la paix ».
La tĂ©lĂ©vision d’État a diffusĂ© samedi des images des funĂ©railles Ă Chiraz de membres des forces de sĂ©curitĂ© tuĂ©s lors des manifestations. Elle a Ă©galement montrĂ© des images de bâtiments en feu, y compris des mosquĂ©es.
De nombreuses capitales occidentales ont condamnĂ© l’usage de la force contre les manifestants. La prĂ©sidente de la Commission europĂ©enne, Ursula von der Leyen, a exprimĂ© le plein soutien de l’Europe aux « femmes et hommes iraniens qui rĂ©clament la liberté », dĂ©nonçant la « rĂ©pression violente ».
Ă€ Londres, le drapeau de la RĂ©publique islamique a brièvement Ă©tĂ© remplacĂ© par celui, ornĂ© d’un lion et d’un soleil, de l’ancien rĂ©gime monarchique au fronton de l’ambassade iranienne par un manifestant, lors d’un rassemblement de plusieurs centaines de personnes.
Le pouvoir iranien n’avait pas Ă©tĂ© confrontĂ© Ă une telle contestation depuis celle provoquĂ©e par la mort en dĂ©tention en 2022 de Mahsa Amini, une jeune Kurde arrĂŞtĂ©e pour avoir enfreint le strict code vestimentaire fĂ©minin.
Cette mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec IsraĂ«l en juin et les coups portĂ©s Ă plusieurs de ses alliĂ©s rĂ©gionaux, ainsi que par les sanctions liĂ©es Ă son programme nuclĂ©aire rĂ©tablies en septembre par l’ONU.
