BFM TV 🔵 Ce n’Ă©tait plus arrivĂ© depuis la fin de la guerre froide: plus aucun traitĂ© ne contrĂ´le le nombre de bombes atomiques de Moscou et Washington et avec l’arrivĂ©e de la Chine une nouvelle course aux armements est une hypothèse sĂ©rieuse
Avec l’expiration du traité New START, dernier cadre de contrôle des arsenaux stratégiques entre les États-Unis et la Russie, le monde entre pour la première fois depuis la guerre froide dans une ère sans régulation nucléaire commune entre les grandes puissances, ouvrant la voie à une compétition plus diffuse et potentiellement plus instable, désormais marquée aussi par la montée en puissance de la Chine.
C’est une première depuis la fin de la guerre froide: à partir d’aujourd’hui, plus aucun traité ne régule la relation nucléaire entre les États-Unis et la Russie. Faute d’accord entre Washington et Moscou pour le prolonger ou le remplacer, le traité New START, dernier pilier du contrôle des armements stratégiques entre les deux puissances, arrive à expiration. Une disparition qui marque un tournant majeur dans l’équilibre de la dissuasion mondiale.
Signé à Prague le 8 avril 2010 par Barack Obama et le président russe de l’époque Dmitri Medvedev, New START devait incarner une nouvelle étape de désarmement nucléaire.
« Aujourd’hui marque une étape importante pour la sécurité nucléaire et la non-prolifération », déclarait alors Barack Obama, évoquant des réductions significatives et un régime de vérification complet.
L’objectif: encadrer strictement les arsenaux nucléaires des deux anciennes superpuissances de la guerre froide.

Le traité fixait des plafonds précis: pas plus de 1.550 ogives nucléaires déployées par camp et 700 vecteurs, à savoir des missiles balistiques intercontinentaux, des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ou des bombardiers stratégiques capables de les transporter. Chaque pays devait descendre sous ces seuils, sous contrôle d’un système d’inspections mutuelles et d’échanges réguliers de données. Pendant plus d’une décennie, ce cadre a permis de maintenir un minimum de transparence stratégique.
De fait, New START a globalement fonctionné. Washington et Moscou ont réduit une partie de leurs arsenaux pour atteindre les objectifs fixés en 2018. En sept ans, la portion des armes nucléaires encadrées par le traité a diminué d’environ 15 à 20%.
Mais ce contrôle restait partiel: l’accord ne concernait que les armes « déployées », c’est-à -dire celles prêtes à être utilisées, laissant de côté les stocks et les armes nucléaires dites tactiques, généralement moins puissantes.
Or l’arsenal total reste considérable. En 2025, la Russie disposerait d’environ 4.300 ogives nucléaires, contre 3.700 pour les États-Unis. La Chine, troisième acteur majeur, en posséderait environ 600, tandis que la France en compterait près de 290. Des chiffres qui illustrent l’ampleur des capacités nucléaires mondiales, bien au-delà du seul cadre de New START.
Le véritable point de rupture intervient le 21 février 2023. Ce jour-là , devant l’Assemblée fédérale russe, Vladimir Poutine annonce la suspension de la participation de Moscou au traité. Englué dans la guerre en Ukraine, le Kremlin accuse l’Occident de vouloir infliger une défaite stratégique à la Russie et gèle sa coopération. Les échanges de données cessent, les inspections sont suspendues: dès lors, l’accord entre en état de mort clinique, jusqu’à son extinction officielle aujourd’hui.
Réarmement concurrentiel
Pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, la dissuasion nucléaire mondiale repose désormais sur des arsenaux qui évoluent sans cadre commun entre les deux principales puissances. Les tentatives américaines d’élargir l’accord à la Chine ont échoué: Pékin, dont l’arsenal est encore six à sept fois inférieur à ceux de Washington et Moscou, refuse toute contrainte qui freinerait sa montée en puissance. Résultat : un traité qui s’éteint, deux superpuissances sans règles communes et une Chine qui se réarme sans plafond — une nouvelle ère nucléaire s’ouvre, plus incertaine que jamais.
Est-ce qu’une nouvelle course aux armements est Ă craindre avec la fin de New START? Sans plafonds ni inspections, la logique de dissuasion redevient une logique de mĂ©fiance pure. Washington et Moscou n’ont pas forcĂ©ment intĂ©rĂŞt Ă multiplier immĂ©diatement les ogives, mais chacun va moderniser ses capacitĂ©s, redĂ©ployer des armes stockĂ©es et anticiper les mouvements de l’autre. Le risque principal n’est pas une explosion brutale des arsenaux, mais le retour d’une dynamique de compĂ©tition permanente oĂą chaque avancĂ©e technologique de l’un appelle une rĂ©ponse de l’autre, exactement comme dans les annĂ©es 1970-1980.
Mais la vraie différence avec la guerre froide tient à l’entrée en scène de la Chine. Pékin augmente rapidement son arsenal et refuse tout cadre contraignant tant qu’il reste très inférieur à ceux des États-Unis et de la Russie. Résultat : la dissuasion nucléaire mondiale n’est plus un face-à -face stable entre deux superpuissances, mais un triangle stratégique mouvant. Sans traité pour fixer des limites ou instaurer de la transparence, les trois puissances nucléaires majeures entrent dans une phase de réarmement concurrentiel, plus diffuse et potentiellement plus instable qu’une simple nouvelle guerre froide.
