20 MINUTES 🔵 Vingt ans après la pose de deux bombes, « mon gros loup » au tribunal – Shango Media
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20 MINUTES 🔵 Vingt ans après la pose de deux bombes, « mon gros loup » au tribunal

Pendant plus de treize ans, l’identitĂ© des membres du groupe AZF est restĂ©e mystĂ©rieuse. Mais le 13 septembre 2017, un tĂ©moignage inespĂ©rĂ© parvient enfin aux enquĂŞteurs. Un homme se prĂ©sente Ă  la gendarmerie de Fameck, en Moselle, pour dĂ©noncer son ex-compagne, Perrine R. Ce commercial l’a rencontrĂ©e lorsqu’il travaillait, tout comme elle, pour Clairefontaine, une sociĂ©tĂ© spĂ©cialisĂ©e dans le traitement de l’eau, installĂ©e dans l’Yonne. Perrine R. lui aurait confiĂ©, en 2004, faire partie de cet Ă©trange groupuscule qui profĂ©rait des menaces contre le rĂ©seau ferrĂ© français. Leur chef serait Michel D., l’ancien dirigeant de l’entreprise Clairefontaine.

Les investigations ont dĂ©montrĂ© que Michel D. et Perrine R. Ă©taient les uniques membres de ce groupe qui a tentĂ©, au dĂ©but des annĂ©es 2000, de rançonner l’Etat. Six annĂ©es se sont Ă©coulĂ©es depuis l’interpellation du duo, en juin 2018. Cet ex-chef d’entreprise Ă  la retraite de 76 ans, et son ex-salariĂ©e, âgĂ©e de 61 ans, comparaissent Ă  partir de mardi, devant le tribunal correctionnel de Paris, pour association de malfaiteurs et fabrication et dĂ©tention sans autorisation d’engins explosifs.

La qualification terroriste, un temps envisagĂ©e, a Ă©tĂ© finalement abandonnĂ©e au cours de l’instruction. Pourtant, le groupe AZF s’était prĂ©sentĂ©, dans une lettre adressĂ©e Ă  l’ElysĂ©e en dĂ©cembre 2003, comme « un groupe de pression Ă  caractère terroriste secrètement crĂ©Ă© au sein d’une confrĂ©rie laĂŻque Ă  spĂ©cificitĂ© Ă©thique et politique Â».

« Mon gros loup, ne prenons pas de risques inutiles Â»

Au total, neuf lettres ont Ă©tĂ© envoyĂ©es Ă  la prĂ©sidence de la RĂ©publique et au ministère de l’IntĂ©rieur. A l’époque, le groupe menace de faire exploser des trains et rĂ©clame le versement d’une somme de 4 millions d’euros. Pour nĂ©gocier avec la police, les membres d’AZF souhaitent qu’un numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone leur soit communiquĂ© par le biais d’une petite annonce publiĂ©e dans LibĂ©ration. Le 19 fĂ©vrier 2004, le quotidien diffuse ce message codĂ© : « Mon gros loup, ne prenons pas de risques inutiles, le plus tĂ´t sera le mieux. Donne-moi tes instructions. Suzy. 07 25 36 56 11. Â»

Deux jours plus tard, une nouvelle missive parvient aux autoritĂ©s. Cette fois, les malfaiteurs donnent des instructions prĂ©cises. L’argent, rĂ©parti « dans deux sacs de type postaux Â», devra ĂŞtre larguĂ© depuis un hĂ©licoptère qui dĂ©collera du haut de la tour Montparnasse, Ă  Paris. Afin de prouver qu’ils sont sĂ©rieux, ils dĂ©voilent l’emplacement d’une bombe qui a Ă©tĂ© dissimulĂ©e sous des rails. L’engin, qui se trouvait dans une boĂ®te en plastique carrĂ©e, fermĂ©e par du ruban adhĂ©sif, a Ă©tĂ© retrouvĂ© sous le ballast de la ligne Paris-Toulouse, Ă  Bersac-sur-Rivalier, dans la Haute-Vienne.

Une rançon larguée depuis un hélicoptère

Le 1er mars 2004, la police est contactĂ©e par une femme qui appelle depuis une cabine tĂ©lĂ©phonique Ă  Solterre, dans le Loiret. Elle annonce que l’argent devra ĂŞtre larguĂ© près de Montargis, sur une bâche bleue, accrochĂ©e dans un champ Ă  proximitĂ© de l’autoroute. Mais l’opĂ©ration Ă©choue. Le 3 mars, la police envoie au groupe AZF un nouveau message, via LibĂ©ration. « Mon gros loup, pas vu ton foulard bleu. Fait moi signe. Suzy. Â»

Les semaines suivantes, le groupe va envoyer d’autres lettres aux autoritĂ©s, et en profite pour rĂ©clamer plus d’argent. Nouvel appel aux policiers. La femme au tĂ©lĂ©phone leur met la pression : « Vous aurez incessamment la preuve qu’on ne plaisante pas. Â» Le 24 mars 2004, une deuxième bombe est retrouvĂ©e fortuitement par un agent SNCF sous les rails de la ligne reliant Paris Ă  Bâle (Suisse). Étrangement, le lendemain, le groupe AZF annonce aux autoritĂ©s la suspension de son action le temps de remĂ©dier Ă  ses « faiblesses Â» technologiques.

L’enquĂŞte pour retrouver les poseurs de bombes se poursuivra pendant des annĂ©es. Plusieurs pistes ont Ă©tĂ© explorĂ©es. Les enquĂŞteurs ont tentĂ© d’établir l’origine des achats des diffĂ©rents composants des engins explosifs, ont menĂ© des recherches auprès des bureaux de poste oĂą les lettres avaient Ă©tĂ© postĂ©es, ont effectuĂ© des prĂ©lèvements ADN sur les scellĂ©s et dans les cabines tĂ©lĂ©phoniques utilisĂ©es. Mais toutes les recherches sont restĂ©es infructueuses. Jusqu’aux confessions inattendues de l’ancien compagnon de Perrine R., en 2017.

« La stratĂ©gie Ă©tait d’avoir l’air plus gros que la rĂ©alitĂ© Â»

Durant l’instruction, Michel D. a expliquĂ© que ses motivations Ă©taient purement financières, sa sociĂ©tĂ© ayant Ă©tĂ© mise en liquidation judiciaire le 8 octobre 2003. « C’était une fausse entreprise terroriste qui Ă©tait destinĂ©e Ă  l’intimidation pour obtenir des fonds, dans le but de crĂ©er des choses qu’à mon sens, je ne pouvais pas financer autrement. Â» « Un peu inventeur Â», il n’avait prĂ©vu de fabriquer qu’une seule bombe, « destinĂ©e Ă  rendre la menace crĂ©dible Â». Mais « en rĂ©action Ă  la façon dont les choses s’étaient dĂ©roulĂ©es Â», il en avait prĂ©parĂ© une deuxième « en urgence Â» qui devait « sauter juste après le passage d’un train Â». Perrine R. devait juste l’aider « Ă  poster des lettres Â» qu’il rĂ©digeait et Ă  « tĂ©lĂ©phoner Â» aux policiers. « La stratĂ©gie Ă©tait d’avoir l’air plus gros que la rĂ©alitĂ© Â», a-t-il insistĂ©.

« Aujourd’hui, mon client est impatient de comparaĂ®tre vingt ans après les faits afin de s’expliquer devant le tribunal une dernière fois et tourner cette page qui est bien vieille maintenant Â», explique Ă  20 Minutes l’avocate de Michel D., Me Lucile Collot. Le prĂ©venu « n’est pas un dĂ©linquant d’habitude, il a vĂ©cu sa première garde Ă  vue Ă  l’occasion de ce dossier Â», souligne la pĂ©naliste, ajoutant qu’il est, « depuis son arrestation, dans une logique de coopĂ©ration avec la justice Â». L’avocate rappelle que la qualification terroriste a Ă©tĂ© abandonnĂ©e « car, si les prĂ©venus se sont fait passer pour un groupe terroriste, ils n’en Ă©taient pas un Â». « Non seulement ils n’ont jamais voulu donner de publicitĂ© Ă  leurs menaces, mais surtout ils n’ont jamais partagĂ© une quelconque idĂ©ologie terroriste. Â»

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