20 MINUTES 🔵 « Personne ne sort par le haut » de l’affaire Bayou, dit Cyrielle Chatelain – Shango Media
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20 MINUTES 🔵 « Personne ne sort par le haut » de l’affaire Bayou, dit Cyrielle Chatelain

Elle n’est pas facile, la vie de présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. A deux jours seulement de la niche parlementaire du groupe ce jeudi, un jour clé pour porter la vision du monde des écolos, Cyrielle Chatelain a dû affronter le départ de Julien Bayou, son ancien coprésident, accusé de harcèlement moral et abus de faiblesse par son ex-compagne.

Pour 20 Minutes, la dĂ©putĂ©e de l’Isère revient sur le dernier rebondissement de cette affaire, qui empoisonne les Ă©colos depuis 2022. Elle dĂ©fend aussi les choix de son groupe pour sa niche de jeudi : chercher des victoires, oui, mais des victoires « significatives Â».

Quelle est la philosophie globale de votre niche ?

Il y a une multiplication des crises. On a bien sûr la catastrophe climatique, dont on ressent les premiers éléments. Une crise démocratique très forte, avec une perte de confiance globale et un éloignement entre citoyens et représentants politiques. Une crise de sens et de rémunération du travail. Une crise sanitaire, avec le développement des toxiques.

Avec cette niche, l’idĂ©e est de dire : il n’y a pas de fatalitĂ©, il n’y a que des choix politiques. On peut avoir des actions politiques fortes, oser faire d’autres choix qui vont nous permettre d’apporter des rĂ©ponses Ă  ces crises. Nous avons la main pendant une journĂ©e Ă  l’AssemblĂ©e. Prenons-la pour faire quelque chose qui ait du sens et qui apporte des rĂ©ponses concrètes Ă  des enjeux d’ampleur.

Vous semblez avoir une stratĂ©gie assez diffĂ©rente de celle des insoumis ou des socialistes qui, chacun dans leur genre, cherchent Ă  maximiser le nombre de victoires. Pourquoi ?

L’objectif est d’avoir des victoires, mais des victoires significatives. Par exemple sur les polluants Ă©ternels. Il s’est passĂ© quelque chose de très Ă©colo : on a un sujet dont on parle peu, qui concerne 99 % voire 100 % de la population, extrĂŞmement impactant en matière de santé… Mais qu’on ne traite pas politiquement.

Notre job, c’est de lancer le pavĂ© dans la mare et de dire : « On a des solutions politiques Â» Faire de ces sujets des sujets politiques amène chacun Ă  se positionner et, dans le meilleur des cas, on obtient des victoires.

Vous portez une proposition de loi (PPL) sur les prix plancher des produits agricoles. Concrètement, ça ressemblerait Ă  quoi ?

On ne veut pas mettre des prix plancher sur toutes les filières. On parle des filières où il y a une demande, où une grande partie des agriculteurs vendent leurs produits en dessous du prix de revient. L’idée n’est pas d’imposer quelque chose d’en haut mais de travailler avec ces filières-là, d’avoir des conférences pour arriver à ces prix planchers qui permettent aux agriculteurs de vivre dignement, autour de deux SMIC.

Je prends l’exemple du lait : le Centre national interprofessionnel d’économie du lait a rĂ©ussi Ă  dĂ©finir un coĂ»t de production, estimĂ© pour une exploitation en plaine Ă  403 euros les 1.000 litres. LĂ , on a un prix qui est objectivĂ©. Or, si je prends des exploitations laitières dans ma circonscription, en montagne, avec donc un prix de production plus Ă©levĂ© qu’en plaine, on leur achète 350 euros les 1.000 litres. Elles perdent a minima 50 euros tous les 1.000 litres ! Sans ce filet de sĂ©curitĂ©, des exploitations vont disparaĂ®tre.

Un tel prix plancher ne risque-t-il pas d’entraĂ®ner une perte de pouvoir d’achat cĂ´tĂ© consommateurs et consommatrices ?

Absolument pas. Aujourd’hui, on a eu une baisse des prix de vente de 9 % pour les agriculteurs, mais une augmentation du prix Ă  l’achat de 8 % pour les consommateurs. C’est parce qu’on est dans un système qui dysfonctionne totalement, oĂą les marges sont prises par les intermĂ©diaires, la grande distribution, les agro-industriels, qu’il faut rerĂ©partir la richesse et la plus-value. Ce n’est pas Ă  Lactalis de faire des profits, c’est le travail de l’agriculteur laitier qui doit ĂŞtre rĂ©munĂ©rĂ©.

Interview et portraits de Cyrielle Chatelain, Presidente du groupe ecologiste Les Ecologistes, a l Assemblee nationale a Paris, le 2 Avril 2024, en amont de la niche parlementaire EELV du 4 avril 2024. Paris, FRANCE - 02/04/2024
Interview et portraits de Cyrielle Chatelain, Presidente du groupe ecologiste Les Ecologistes, a l Assemblee nationale a Paris, le 2 Avril 2024, en amont de la niche parlementaire EELV du 4 avril 2024. Paris, FRANCE – 02/04/2024 - ISA HARSIN

Dans la première proposition de loi au programme, vous proposez donc d’interdire les PFAS, les polluants Ă©ternels. En quoi sont-ils dangereux ?

Les polluants Ă©ternels, ce sont des molĂ©cules très stables. Et ça a plein de propriĂ©tĂ©s très intĂ©ressantes pour l’industrie : anti adhĂ©sif, rĂ©sistant Ă  l’eau, rĂ©sistant au feu… On en a mis un peu partout dans les ustensiles de cuisine, les habits, les cosmĂ©tiques, parce que c’est pratique. Mais cette rĂ©sistance – qui en fait son intĂ©rĂŞt industriel – , c’est aussi ce qui en fait un danger de part sa persistance dans l’eau, dans la terre et dans notre corps. 100 % des eaux de pluie sont contaminĂ©es et Ă  peu près Ă  99 % de la population.

Des Ă©tudes montrent que cela a des effets sur la santĂ© : cela va augmenter le risque de cancer, d’infertilitĂ©, cela peut avoir des effets sur le dĂ©veloppement de l’embryon,

Si ces PFAS sont interdits, le groupe Seb a dĂ©jĂ  prĂ©venu que cela pouvait menacer 3.000 emplois dans le pays. Or vous voulez vous projeter Ă  dix ans… Est-ce Ă  dire que dans dix ans, avec les Ă©cologistes, il n’y aura plus d’industrie ?

Seb fait du chantage Ă  l’emploi. Seb, c’est Tefal. Tefal fait certes des poĂŞles avec des PFAS, mais fait aussi des poĂŞles sans PFAS : en cĂ©ramique, en inox. En gagnant du temps, Tefal protège ses marges. Sur l’amiante, c’était la mĂŞme logique : on sait que ça a un impact sur la santĂ© mais on gagne du temps pour pouvoir faire du profit le plus longtemps possible. L’industrie sait s’adapter. Mais tant qu’elle n’y est pas contrainte, elle ne bouge pas. Elle a dĂ©jĂ  su s’adapter Ă  d’autres règles, Ă  d’autres normes pour faire des produits qui sont plus respectueux de la santĂ©. Ça veut dire effectivement de l’investissement, de la formation, mais aussi protĂ©ger les salariĂ©s qui sont les premiers contaminĂ©s. Et puis il faut penser Ă  la question de la compĂ©titivitĂ© mondiale : l’industrie dans le monde va changer et va sortir des PFAS. S’il n’y a qu’en France qu’on continue Ă  faire des produits avec des PFAS, ils ne se vendront plus !

Marie-Charlotte Garin et SĂ©bastien Peytavie ont pas mal fait parler de leur proposition de loi sur l’arrĂŞt menstruel avec leur vidĂ©o oĂą ils font « tester Â» Ă  des hommes dĂ©putĂ©s les douleurs de l’endomĂ©triose. Mais cette PPL arrive très tard dans la niche, et a donc peu de chances d’être dĂ©battue. Etait-ce juste un coup de pub ?

Non ! On est dĂ©jĂ  contents qu’on en parle, parce que les règles, c’est tabou. Or, ça touche 15 millions de personnes en France. C’est une bataille culturelle. On voulait voir si on arrivait Ă  faire bouger les lignes et la vidĂ©o y arrive, on parvient Ă  une Ă©galitĂ© en commissions.

Ça ne suffit pas. Mais ce n’est pas un coup de pub car on ne va pas lâcher : il faut qu’avant la fin de la mandature, il y ait un arrĂŞt pour les règles incapacitantes. Dans ce cadre, en faire un sujet politique, qu’on en parle, qu’on ait des hommes qui doivent sur les plateaux et d’eux-mĂŞmes venir dire leurs soutiens, parler de la question des règles, ça permet de briser le tabou.

Interview et portraits de Cyrielle Chatelain, Presidente du groupe ecologiste Les Ecologistes, a l Assemblee nationale a Paris, le 2 Avril 2024, en amont de la niche parlementaire EELV du 4 avril 2024. Paris, FRANCE - 02/04/2024
Interview et portraits de Cyrielle Chatelain, Presidente du groupe ecologiste Les Ecologistes, a l Assemblee nationale a Paris, le 2 Avril 2024, en amont de la niche parlementaire EELV du 4 avril 2024. Paris, FRANCE – 02/04/2024 - ISA HARSIN

Julien Bayou a annoncĂ© mardi quitter le groupe Ă©cologiste et EELV après la plainte dĂ©posĂ©e contre lui par son ex-compagne. Est-ce logique ? Un soulagement ? Une trahison ?

Aucun de ces qualificatifs-là. C’est une décision personnelle, qu’il a mûrie.

Lors d’un vote la semaine dernière, le groupe a dĂ©cidĂ© de ne pas suspendre Julien Bayou. LĂ , c’est lui qui part. Est-ce que le fonctionnement du groupe, « fĂ©ministe Â» comme vous dites, ne lui a pas permis de presque sortir par le haut ?

Il y a cette idĂ©e dans l’air que les hommes vont pâtir de la rĂ©volution #MeToo. Qu’ils seraient victimes de quelque chose qui « s’est emballĂ© Â». Je ne partage pas cette idĂ©e. Au contraire, on ne parle toujours pas assez de toutes les femmes victimes du système patriarcal. En revanche, c’est vrai qu’aujourd’hui, nous n’avons pas les outils – ni nous au sein du groupe, ni Ă  l’AssemblĂ©e, ni dans la vie politique – pour savoir comment on traite ce sujet. Qu’on ne soit pas dans un choix binaire entre enterrer le sujet pour « protĂ©ger les copains Â», et de l’autre cĂ´tĂ© l’exclusion Ă  vie et totale. Comment avoir des rĂ©actions qui soient proportionnĂ©es, cohĂ©rentes… ? On est au dĂ©but de tout ça.

Personne ne sort par le haut de cette histoire. Et oui, il nous prend de court, car on a toujours eu le souci de prendre le temps, de rĂ©flĂ©chir, de poser les choses, d’avancer sur une ligne de crĂŞte pas simple. Car pour nous, Ă  la fin la question qui compte, c’est : qu’est-ce qu’on va arriver Ă  construire pour prĂ©venir les violences ? La logique doit ĂŞtre collective, pas individuelle. Ça ne paraĂ®t pas Ă©vident sur le coup mais sur le long terme, prendre le temps de construire collectivement, on va y gagner.

C’est-Ă -dire que vous ne considĂ©rez pas que cette affaire, de l’étĂ© 2022 Ă  aujourd’hui, pour la dirigeante du groupe Ă©colo que vous ĂŞtes, pour le parti, n’est pas un Ă©chec ?

(Elle rĂ©flĂ©chit longuement) Si je parle d’échec, chacun entendra ce qu’il veut : ceux qui pensent que le dĂ©part de Julien Bayou est un Ă©chec et ceux qui pensent que c’est Ă©chec parce qu’on a mis tout ce temps Ă  mettre en place des procĂ©dures et que finalement il est parti tout seul. Est-ce qu’on a tout bien fait ? Non. Est-ce que je pense qu’on a bien fait de ne pas mettre la poussière sous le tapis ? Oui. Est-ce qu’on peut et doit s’amĂ©liorer ? Oui. C’est un moment d’apprentissage. On est ceux qui essuient les plâtres car nous, on affronte le sujet pas seulement quand ça concerne les autres familles politiques. Ce n’est pas toujours simple, mais on essaye.

Souhaitez-vous que Julien Bayou dĂ©missionne de son mandat de dĂ©putĂ© ?

(Elle réfléchit longuement) Il y a une semaine, on a posé dans le groupe la question de la suspension, on a fait le choix de dire que la mise en retrait était plus adaptée. Je ne vais pas vous dire une semaine après, en tant que présidente de ce groupe, que je pense qu’il doit démissionner, j’essaie d’être cohérente.

Par contre, depuis un an et demi, on réfléchit beaucoup à ce qu’on aurait dû faire autrement, par rapport à lui, par rapport à son ex-compagne. J’espère que maintenant, avec ce départ, il va prendre le temps d’y réfléchir également. On est dans un moment où tout le monde doit se remettre en question.

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