20 MINUTES 🔵 L’interdiction l’Al Jazeera en IsraĂ«l, un pas de plus vers l’autoritarisme ? – Shango Media
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20 MINUTES 🔵 L’interdiction l’Al Jazeera en Israël, un pas de plus vers l’autoritarisme ?

Al Jazeera va devoir se taire en IsraĂ«l. AccusĂ©e d’être un « organe de propagande du Hamas Â», la chaĂ®ne qatarie est en passe d’être interdite sur le territoire israĂ©lien après le vote au Parlement – la Knesset – d’une loi qui la visait spĂ©cifiquement. Ce scrutin, suivi de la dĂ©claration du Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui a promis d’« agir immĂ©diatement Â», a embarrassĂ© jusqu’aux Etats-Unis, alliĂ©s pourtant historiques de Tel-Aviv.

Washington, tout comme le ComitĂ© de protection des journalistes (CPJ), se sont dits « prĂ©occupĂ©s Â» par cette interdiction. L’ONG Reporters sans frontière a quant Ă  elle assurĂ© que cette « censure Â» de « l’un des derniers mĂ©dias internationaux pouvant informer depuis Gaza depuis le 7 octobre [Ă©tait] inacceptable Â».

Blocage au Moyen-Orient et faux témoignage

« Ce n’est pas la première fois qu’Al Jazeera est banni d’un pays Â», rappelle toutefois Elizabeth Sheppard Sellam. La chaĂ®ne est en effet bloquĂ©e en Arabie saoudite, en Egypte ou encore au BahreĂŻn. Pour la directrice du programme de relations internationales et politiques Ă  l’UniversitĂ© de Tours et spĂ©cialiste de la politique israĂ©lienne, « on peut donc voir cette dĂ©cision comme le bannissement de RT ou Sputnik en France Â», dans le cadre de la guerre en Ukraine et de la propagande russe.

David Rigoulet-Roze, chercheur Ă  l’Institut français d’analyse stratĂ©gique, pense, lui, qu’un « tournant s’est peut-ĂŞtre opĂ©rĂ© Â» la semaine dernière. « Al Jazeera a mis en ligne le supposĂ© tĂ©moignage d’une femme qui assurait que des soldats israĂ©liens auraient violĂ© des femmes dans l’hĂ´pital al-Shifa. Le tĂ©moignage Ă©tait manifestement faux, ce que la chaĂ®ne a fini par reconnaĂ®tre Â», mais l’évĂ©nement soulève « des questions de dĂ©ontologie Â», explique le rĂ©dacteur en chef de la revue Orients StratĂ©giques. La chaĂ®ne, qui assume un positionnement propalestinien, a d’ailleurs ensuite retirĂ© la vidĂ©o.

Un « signe supplĂ©mentaire Â»

« La version arabophone d’Al Jazeera fait clairement l’apologie du terrorisme Â», juge Elizabeth Sheppard Sellam. « Quand [le gouvernement israĂ©lien] qualifie certains journalistes d' »agents terroristes », c’est Ă©videmment un procès Ă  charge, tempère David Rigoulet-Roze. De facto, l’interdiction envisagĂ©e d’Al Jazeera pose la question de la libertĂ© de la presse. Â» Difficile toutefois d’imaginer un effet domino. « C’est un signe supplĂ©mentaire d’une situation gĂ©nĂ©rale qui se dĂ©grade en IsraĂ«l, mais le pays a une culture dĂ©mocratique de la presse ; il est peu probable que des mĂ©dias israĂ©liens soient visĂ©s Â», note le chercheur.

Il assure au passage que les articles qui sortent dans le pays sont « souvent très sĂ©vères [envers le gouvernement], parfois mĂŞme plus que certains Ă  l’étranger Â». Certains journaux nationaux avaient d’ailleurs Ă©trillĂ© Benyamin Netanyahou l’an passĂ©, Ă  l’époque de sa rĂ©forme judiciaire, laquelle visait Ă  limiter la capacitĂ© de la Cour suprĂŞme Ă  invalider une dĂ©cision du gouvernement. Un premier coup de canif dans la dĂ©mocratie israĂ©lienne qui a affaibli la coalition du Premier ministre, accusĂ© de dĂ©rive autoritaire par des centaines de milliers de manifestants.

Netanyahou « s’accroche au pouvoir Â»

Après bientĂ´t six mois de guerre Ă  Gaza, les manifestations se multiplient de nouveau dans le pays ces derniers jours. Mardi soir, des milliers d’IsraĂ©liens se sont encore rassemblĂ©s Ă  JĂ©rusalem pour demander la dĂ©mission du Premier ministre. Il est accusĂ© d’avoir « trahi Â» la confiance du peuple en Ă©tant responsable de la faille sĂ©curitaire qui a permis l’attaque sans prĂ©cĂ©dent du 7 octobre et de l’échec du retour des 130 personnes toujours otages du Hamas.

De plus, « les IsraĂ©liens sont nombreux Ă  accuser Benyamin Netanyahou de continuer la guerre dans l’espoir de se maintenir au pouvoir, alors que les sondages montrent bien qu’il ne gagnerait pas si des Ă©lections Ă©taient organisĂ©es demain Â», explique Elizabeth Sheppard Sellam. « La sociĂ©tĂ© israĂ©lienne demeure bouleversĂ©e et, d’une certaine manière, il en profite pour se maintenir au pouvoir Â», renchĂ©rit David Rigoulet-Roze.

« Politiquement, il est certainement condamnĂ©, ajoute le chercheur. Il s’accroche au pouvoir et scelle son destin Ă  celui du pays, ce qui est dangereux compte tenu de son jusqu’au-boutisme. Â» « Il prend des dĂ©cisions qui pourraient ĂŞtre considĂ©rĂ©es comme autoritaires ou, a minima, d’extrĂŞme droite, pour se maintenir au pouvoir Â», note Elizabeth Sheppard Sellam.

Au point oĂą, dĂ©but mars, Joe Biden a dĂ©savouĂ© Benyamin Netanyahou, estimant qu’il « faisait plus de mal que de bien Ă  IsraĂ«l Â». Pire dĂ©saveu encore, lundi dernier, les Etats-Unis se sont abstenus lors d’une rĂ©solution de l’ONU exigeant un « cessez-le-feu Â» immĂ©diat dans la bande de Gaza. Cette absention, la première de l’alliĂ© de Tel-Aviv depuis le dĂ©but du conflit, a permis l’adoption de cette rĂ©solution, provoquant l’ire du gouvernement israĂ©lien, qui refuse une nouvelle trĂŞve. Mais « Ă§a ne pourra pas durer Ă©ternellement, prĂ©vient Elizabeth Sheppard Sellam. Dans un pays en situation de guerre et divisĂ©, le rĂ©gime risque fort de sauter, bien avant toute Ă©lection Â».

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