20 MINUTES 🔵 La drag-queen Minima GestĂ©, porte-drapeau LGBT et porte flamme olympique – Shango Media
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20 MINUTES 🔵 La drag-queen Minima Gesté, porte-drapeau LGBT et porte flamme olympique

«DĂ©but octobre je me suis rĂ©veillĂ©e avec, sur Instagram, un message privĂ© d’Anne. Â» Minima GestĂ© marque un temps pour assurer l’effet comique, et reprend : « Hidalgo, la maire de Paris. Â» Le ton redevenu sĂ©rieux, elle poursuit : « Elle demandait qu’il y ait une drag-queen qui porte la flamme olympique Ă  Paris. Un membre de son cabinet me connaissait par mes actions militantes et m’a proposĂ© d’être prĂ©sĂ©lectionnĂ©e pour ĂŞtre relayeuse. Â»

Ce dimanche, dans la tenue officielle des porteuses de flamme des JO de Paris 2024 bien plus pâlichonne que les robes stylĂ©es qu’elle a l’habitude de revĂŞtir, l’artiste de 33 ans dĂ©ambulera dans la capitale flambeau en main. Elle prĂ©cise qu’elle n’a pas eu de traitement de faveur : « J’ai dĂ» faire tout le parcours standard pour m’inscrire. On est en France, donc il y avait 25.000 paperasses Ă  remplir. Â» Sa candidature a cependant Ă©tĂ© acceptĂ©e sans difficultĂ©.

L’organisation des Jeux tenait à ce que les porteurs et porteuses de flammes reflètent la diversité de la population française, une drag-queen avait donc tout à fait sa place dans ce relais symbolique. Certaines de ses homologues ont déjà accompli cette mission, comme Miss Martini à Digne-les-Bains et Nicky Doll à Arles, pourtant, leur inclusion dans l’événement a fait couler bien moins d’encre. Et surtout de venin.

« Je sais que Marion MarĂ©chal est contre moi Â»

Le 1er mai, sur ses comptes Instagram et X, la Ville de Paris a postĂ© le portrait vidĂ©o prĂ©sentant Minima GestĂ©. Elle y Ă©voque son rapport au sport – et raconte qu’elle a, plus jeune, pratiquĂ© la lutte et le plongeon synchronisĂ©. Elle dit aussi « l’honneur Â» que cela reprĂ©sente pour elle de porter la flamme et, Ă  cette occasion, de faire passer « les messages de la communautĂ© LGBTQIA + Â». Car, engagĂ©e, la drag-queen l’est. Elle est, par exemple, l’une des cofondatrices du Sidragtion, un Ă©vĂ©nement annuel visant Ă  rĂ©colter des fonds pour le Sidaction, contre le VIH. Si dans le court reportage l’artiste se prĂ©sente avec le sens de l’humour qui la caractĂ©rise, tout le monde n’a pas l’air prĂŞt Ă  s’amuser.

« Faut-il faire semblant que cela reprĂ©sente la France ? Â», demande, dès le 2 mai, Marion MarĂ©chal sur le plateau de « Bonjour ! La Matinale TF1 Â». « Cette personne fait des reprĂ©sentations qui sont particulièrement vulgaires, hypersexualisĂ©es… Je ne considère pas que c’est une bonne façon de reprĂ©senter la France aux yeux du monde Â», a poursuivi la femme politique d’extrĂŞme droite, alors vice-prĂ©sidente de ReconquĂŞte.

« Je sais qu’elle est contre moi. Je n’ai aucun doute lĂ -dessus. Je ne comprends mĂŞme pas pourquoi la question lui a Ă©tĂ© posĂ©e. A quel moment est-ce qu’elle aurait rĂ©pondu « Yaassss mamma, slay ! » ? Â», s’interroge Minima GestĂ© auprès de 20 Minutes qui l’a rencontrĂ©e mi-juin. « On Ă©tait juste avant les Ă©lections europĂ©ennes donc elle avait juste besoin de faire buzz sur buzz sur buzz. Cette semaine-ci ça a Ă©tĂ© moi, la prĂ©cĂ©dente, elle s’était insurgĂ©e contre [le styliste Simon Porte] Jacquemus au sujet de la GPA Â», contextualise-t-elle.

« Ce que je fais, c’est bien, c’est vrai Â»

Il n’empĂŞche, ce qui a suivi, cela a Ă©tĂ© « une dĂ©ferlante de haine Â» sur tous les rĂ©seaux sociaux de l’artiste drag. « C’est très violent de se faire mentionner par l’extrĂŞme droite. L’homophobie que je subis est la mĂŞme que celle que je subis depuis que je sais que je suis homosexuel, mais j’avais rĂ©ussi Ă  m’entourer d’une bulle « safe » [protĂ©gĂ©e] qui me correspond et qui a Ă©tĂ© percĂ©e brutalement, confie-t-elle. Heureusement, j’ai un très bon entourage et un travail qui m’ont permis de garder les pieds sur terre et de me rappeler que ce que je fais, c’est bien, c’est vrai et que c’est moi qui ai raison. Â»

Minima GestĂ© s’exprime sans trembler. Sa confiance, elle l’a nourrie au fil des ans. Elle est nĂ©e en 2015. Cette annĂ©e-lĂ , celui qui l’incarne, Arthur, vient de s’installer Ă  Paris. Il se sent seul et dans son travail d’ingĂ©nieur, ce n’est pas la joie. Il se met alors en quĂŞte d’une communautĂ©, d’une famille choisie. Il dĂ©couvre le monde drag Ă  travers la compĂ©tition « RuPaul’s Drag Race Â», dont il dĂ©vore alors la sixième saison, mais aussi en soirĂ©e gay, avec la troupe Les Paillettes.

« Et si un personnage théâtral pouvait me faire sortir de ma propre coquille ? Â», rĂ©flĂ©chit-il. Le dĂ©clic lui vient après une rupture amoureuse : « Il me fallait quelque chose pour m’occuper l’esprit et c’était soit faire du crochet, soit du drag. Cela a Ă©tĂ© le drag. Â»

« J’ai donnĂ© vie Ă  Minima en faisant des erreurs Â»

Arthur raconte la genèse de son alter ego scĂ©nique : « J’ai donnĂ© vie Ă  Minima en faisant ce que je sais faire de mieux : me tromper. J’ai fait des erreurs. En 2015, le monde drag Ă©tait loin d’être aussi dĂ©veloppĂ© qu’il ne l’est aujourd’hui. Dès le dĂ©but, le but de Minima a Ă©tĂ© de rendre mon « moi civil » encore plus libre. J’ai commencĂ© Ă  aller dans les rayons femme des magasins pour voir ce qui me plaisait. J’ai essayĂ© des trucs que j’aimais mais qui ne m’allaient pas. Je ne suis pas très rĂ©fĂ©rencĂ©e comme queen. Ma seule rĂ©fĂ©rence – c’est très Ă©goĂŻste de dire ça – c’est moi-mĂŞme. C’est-Ă -dire qu’il y a Minima qui avance et il y a mon « moi civil », Arthur, qui avance en mĂŞme temps. On Ă©volue au fur et Ă  mesure. La Minima d’aujourd’hui est loin d’être la mĂŞme qu’en 2015, de la mĂŞme manière qu’Arthur non plus n’est pas le mĂŞme. Â»

Ce qui Ă©tait au dĂ©part une sorte de loisirs « pour sortir entre copines Â», a fini par devenir sa profession. « Ma carrière d’ingĂ©nieur marchait bien et me plaisait. Mais au fur et Ă  mesure j’ai commencĂ© Ă  avoir des bookings [des prestations Ă  honorer] rĂ©guliers. Puis il y en a eu de plus en plus et il m’était difficile d’assurer les deux en mĂŞme temps. Avoir un 39 heures le jour et un 39 heures la nuit, c’était compliquĂ©. Me lever Ă  6h30, aller au taf, avec toutes mes affaires de drag, sortir du taf, aller vite me prĂ©parer pour le booking du soir, rentrer Ă  minuit ou une heure, se coucher, se relever Ă  6 heures, ce n’était plus tenable… Â»

« Ma passion est devenue mon mĂ©tier Â»

Après mĂ»re rĂ©flexion, Arthur s’est rĂ©solu Ă  dĂ©missionner de son poste d’ingĂ©nieur pour se consacrer intĂ©gralement au drag. « Ma passion principale dans ma vie est de payer mon loyer, donc j’ai fait 14.000 tableaux Excel pour vĂ©rifier que cela pouvait fonctionner. J’ai rĂ©ussi Ă  faire ça en 2022. Depuis, je peux vivre de ma passion qui est devenue mon mĂ©tier. Â»

Minima GestĂ©, qui règne sur le bingo qu’elle anime (presque) tous les dimanches A La Folie, dans le 19e arrondissement de Paris, et qui est sollicitĂ©e par des comitĂ©s d’entreprise de tous les horizons pour animer leurs soirĂ©es, s’est imposĂ©e comme l’une des figures majeures de la scène drag française. Une porte-drapeau arc-en-ciel et, nonobstant, porte-flambeau l’espace d’un dimanche.

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